Lydie Jean-Dit-Pannel, exposition RUDERALE.

Ruderale

L’Association La Belle Epoque [Arts Contemporains]
a le plaisir de vous inviter à l’exposition

RUDERALE.
Lydie Jean-Dit-Pannel

Vernissage le samedi 21 janvier 2017 à partir de 18h30.

L’exposition sera visible du 21 janvier 17h au 4 mars le mercredi, vendredi et samedi de 15h à 18h30, ainsi que sur rendez-vous en nous contactant (06.09.96.71.47. – labelle.epoque@free.fr)
Fermeture du 12 au 18 février (inclu).

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Galerie Une Poussière Dans L’Oeil, 17bis Chemin des Vieux Arbres, 59650 Villeneuve d’Ascq (Métro hôtel de Ville – parking V2 au niveau de H&M PizzA Pai)

Info et contact : labelle.epoque@free.fr   –   06.09.96.71.47.

Pièces présentées dans l’exposition :

14 secondes
Série de 25 photographies couleur 100 x 66 cm, 2016
Lydie Jean-Dit-Pannel, dans sa vidéo & a Fade to Grey a mené Psyché, son personnage, au bout du monde sur les lieux de l’histoire marqués par le nucléaire. Fukushima, Hiroshima, Tchernobyl, le Nevada Test Site… Jamais durant les 3 années de travail nécessaires à ce film elle n’a pu oublier qu’elle vivait en France. La France et ses 58 réacteurs, la France et ses sites de stockage, la France et ses anciennes mines d’uranium contaminées, la France et ses installations nucléaires militaires, la France et ses déchets. La France, pays le plus nucléarisé au monde. En 2015, elle a pris seule la route dans son pays. D’un site atomique à un autre, elle a exploré nos régions. De ce voyage agité, elle rapporte un film (encore en cours de montage), et une série de photographies.
14 secondes, c’est le temps de déclenchement du retardateur de son appareil photo. C’est le temps qui lui est imparti pour installer son personnage au sol dans le paysage. C’est le temps d’une catastrophe. Le truc c’était ça. Appréhender le site dans son ensemble. En faire le tour plusieurs fois par la route. Repérer les angles. S’emmancher sur chaque chemin. Marcher dans les ronces par les champs ou la forêt pour arriver au plus près de la cathédrale nucléaire. Tester plusieurs points de vue en essayant de ne jamais se trouver dans le champ des caméras de surveillance. Gérer l’endroit où garer sa voiture. Décider de l’espace où mettre en scène Psyché. Installer le trépied. Y fixer le petit Lumix. Enlever ses chaussures. Faire le cadrage. Vérifier qu’aucune ronde de gendarmes n’était en vue. Se dessaper rapidement — sa tenue de tournage (un jean noir usé, un blouson à capuche, des Doc Martens à fermeture éclair, pas de sousvêtements pour être Psyché au plus vite) commençait à être un peu sale. — Détacher ses cheveux.
Enclencher le retardateur de l’appareil photo. Courir. Se jeter au sol. Attendre le ventre froid. Retenir sa respiration. Clic à 10 secondes. Clic à 12 secondes. Clic à 14 secondes. Se relever à la hâte. Mettre
l’appareil en mode lecture. Vérifier que le corps était bien placé dans le paysage — Les graviers marquaient longtemps sur sa joue. Souvent il pleuvait. Toujours le silence électrique endémique aux sites nucléaires. — Répéter l’opération plusieurs fois. Jusqu’à avoir le sentiment d’une bonne photographie. De temps à autre présenter ses papiers d’identité. Trouver une explication à sa présence autour d’un site à risques. Feindre l’ignorance. Préserver ses images. Les discussions et les 37 sites atomiques autours desquels elle avait erré ces derniers mois hantaient ses jours ses nuits et chacun de ses actes d’amour. Elle pouvait toucher la folie du bout de ses ongles en étendant à peine le bras.

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Mes héroïnes
Série de boîtes entomologiques, 2017
« Donna Summer »
(She works hard for the Money.)
Boîte entomologique 15 x 15 cm, nécrophore femelle naturalisée
« Sid Vicious »
(I did it my Way.)
Boîte entomologique 15 x 15 cm, monarque femelle naturalisée
« Joy Division » (
She’s lost Control Again.)
Boîte entomologique 15 x 15 cm, veuve noire femelle naturalisée
« Tom Jones »
(She’s a Lady)
Boîte entomologique 15 x 15 cm, mante religieuse femelle naturalisée
« Alan Vega »
(She’s so Wild in blue.)
Boîte entomologique 15 x 15 cm, abeille femelle naturalisée
« Stray Cats »
(She’s sexy and seventeen.)
Boîte entomologique 15 x 15 cm, cigale Magicicada septendecim femelle naturalisée

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Psyché s’abandonne
Photographie couleur, 2016
Psyché était devenue sont égérie. Cette héroïne antique pensive, aventurière solitaire, amoureuse blessée et guerrière survivante s’était imposée comme son alter-ego artistique. Elles étaient devenues les meilleures amies du monde. Elles se racontaient tout et mordaient la poussière ensemble. Elle était touchée particulièrement par la toile « Psyché abandonnée » de Jacques-Louis David (vers 1795) montrée une seule fois au public, au Louvre, dans l’exposition « L’Antiquité rêvée, Innovations et résistances au XVIIIe siècle » du 2 décembre au 14 février 2011. La petite toile était une esquisse inachevée. Seuls le visage et les mains de la jeune femme étaient précis de douceur et de tourment. Elle n’avait pas eu l’occasion de la voir en vrai. Elle savait par des recherches que lʼoeuvre appartenait à un homme dʼun certain âge quasi impossible dʼaccès, un des plus grands collectionneurs qui soit. Sa pote se mettait toujours dans des sacrées galères.

Mille Seize
Photographie couleur, 2015
Réalisée en collaboration avec Stef Bloch
Cela avait été visuel mais déjà l’odeur était arrivée. Foudroyante. Elle mit la main à sa bouche et respira dans le col de sa veste le parfum léger de sa peau pour ne pas vomir. Tourner la tête, vite. Et se remettre à marcher. C’était très gros. Dans l’herbe verte. L’odeur ne voulait plus quitter son nez. C’est au retour qu’elle avait eu l’idée. Les mouches par centaines faisaient la bande sonore, mais c’est une photographie qu’elle décida de faire. Elle était pour quelques jours dans une session d’écriture avec des amis à la campagne. Ils se retrouvaient en fin d’après-midi pour travailler en commun. La journée, chacun s’occupait de ses démons.
La maison était silencieuse, sans connexion internet. Ils s’étaient répartis dans les quinze pièces de la
bâtisse. Elle quitta son ordinateur et partit faire une marche en direction de la forêt. Le ciel était lourd, les oiseaux chantaient avec ardeur, des milliers de graines de pissenlit flottaient délicatement dans les airs. Elle avait commencé son séjour par une longue insomnie contemplant l’aube avec des yeux secs. C’est au bout du chemin après le petit pont en métal vert, qu’elle était tombée nez à nez avec le corps mort énorme. De retour à la grande maison, elle ne pu faire autrement que de raconter à ses amis la vache morte. Dans la cuisine devant l’immense cheminée, ils préparaient un chili végétarien. Cela sentait bon le poivron au four. Ils eurent curieusement tous envie de voir aussi la vache. Ils garèrent la voiture dans l’herbe juste à côté du cadavre. Ses amis dire ah oui quand même. La vache avait le visage enfoui dans l’herbe. Heureusement on ne voyait pas ses yeux. Les paupières étaient closes comme dans un sommeil tranquille. Elle était très enflée, ses pattes se tendaient vers le ciel. Le photographe décida du meilleur moment pour la lumière et elle s’allongea dans l’herbe à côté de la vache. Elle retint sa respiration, ne regarda rien et colla son corps à la mort. Ils avaient convenus qu’elle poserait son bras au dernier moment sur la charogne. L’instant du contact la terrifiait. Détends toi, relâche ton bras, vas-y, pose le, je vais shooter. Elle enlaça l’animal. Juste gênée par les mouches qui se posaient sur son corps, elle avait fini par tout oublier. Non, le poids de son bras sur le muscle et la peau en putréfaction ne ferait pas s’ouvrir le cadavre plein de vermine. Non, il ne pouvait rien arriver de plus. Elle se détendit. Tout devint normal. Une légère tristesse s’installa. Elle éprouva de l’empathie. Elle mit la chaudière en marche et prit un bain brulant. L’ami qui lui prêtait la maison était
tombé sur une fin de stock de baignoires pour obèses. Elle se lava longtemps et prit ses aises dans l’eau. La nuit n’avait qu’à venir.
Plus tard, lorsque la photographie fût montrée pour la première fois, dans l’exposition « L’expédition », le cartel de l’image disait :
« Psyché, le personnage adopté par Lydie Jean-Dit-Pannel s’allonge par fatigue et compassion contre les flans d’une vache morte, refusant de continuer à lutter contre les folies humaines et décidée à disparaitre vec l’animal. Par cette provocation tendre, désabusée et poétique, l’artiste nous invite à réagir enfin aux excès de la production industrielle du vivant. » Sa vue avait terriblement baissée ces derniers mois. Sans ses lunettes, elle ne pouvait plus voir la forme de la menthe sur les fraises au sucre.

Kong
Figurine King Kong originale 1976, photographie « L’arbre du voyageur », boîte entomologique 25 x 19 cm

Elle était en résidence pour un mois. Une chambre et un atelier sur terrasse avec vue sur un jardin luxuriant.
Au fond, l’océan indien. Quelques dizaines de jours plus tard elle était attachée par les pieds et les mains dans un arbre à 10 mètres du sol. Un arbre du voyageur. Immense. Haut. Ouvert. Ravenala madagascariensis, appelé arbre du voyageur car il porte ses feuilles disposées comme un éventail. Ainsi, elles gardent l’eau de pluie aux creux de leurs jointures, le voyageur assoiffé peut alors s’hydrater et trouver de l’ombre. Elle avait trouvé cet arbre magnifique. Elle avait tourné autour de lui pendant des jours et l’avait contemplé depuis la terrasse en fumant des centaines de cigarettes. Puis elle avait eu une vision d’elle liée nue et offerte dans cet arbre. Elle pensait à Fay Wray dans King Kong et puis bien sur à Osa la voyageuse. Au loin, l’océan. Après un mois perchée sur l’île, elle avait eu du mal à rentrer.

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Zone de rassemblement
Panneau se signalisation 40 x 40 cm, encadrement caisse américaine, verre gravé d’un haïku de Buson
(1716-1783) passé au féminin, 2016

Escarpolette atomique        (voir en clickant ici)
Boucle vidéo, 2016
Le surgénérateur de Kalkar est l’un des plus importants projets industriels d’Allemagne n’ayant jamais abouti. En 1972, les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne s’accordent sur la construction d’un surgénérateur nucléaire en Basse-Rhénanie. Les travaux provoquent de vives protestations. 10 000 personnes se mobilisent contre le projet dès 1974. Les considérations de sécurité autour de cette nouvelle technique présentée au départ comme la technique de l’avenir (le système de refroidissement devait utiliser du sodium et non de lʼeau) et les nécessaires modifications du réacteur accroissent les coûts du projet (de l’ordre de 3,7 milliard d’euros). Bien que la construction soit achevée en 1986 avec sept ans de retard, le ministre de la recherche annonce en 1991, après de longues tergiversations, l’arrêt définitif du surgénérateur. En 1995, le complexe est racheté par un investisseur néerlandais et transformé en un parc de loisirs. Le Wunderland Kalkar. Elle avait fait 700 kilomètres pour le Vertical Swing. Un manège géant dans la tour de refroidissement de l’ancienne centrale. Hauteur de l’attraction 58 mètres, largeur 13 mètres, capacité 24 personnes, poids 25 tonnes. La voix et le moindre claquement résonnaient en cercles infinis dans l’espace intérieur de la tour aéroréfrigérante. Elle laissa son sac à dos dans la petite cabine de l’employé qui gérait la mise en marche du manège et s’assit sur l’une des coques de résine rouge. Ses pieds ne touchaient déjà plus le sol. Elle les balança mécaniquement, comme sur une escarpolette. Ligne d’horizon et oreille interne en douce panique. Ne pas penser à une chute possible de quoi que ce soit et se laisser prendre par le vent. Tournoyer comme la vapeur d’eau dans le circuit de refroidissement.
Absurdement fascinée par la peur. (Et bonjour Monsieur Fragonard.)

Blog de l’artiste : Clickez ici

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petit bonus  : (voir en clickant ici)

 

Photo F. Poiteaux
Photo F. Poiteaux
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Photo F. Poiteaux
Photo F. Poiteaux
Photo F. Poiteaux

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Photo F. Poiteaux
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Photo F. Poiteaux
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